vendredi 9 mai 2014

Né un 4 juillet

Ron Kovic
13e note éditions, 197 pages
1976

Titre original: Born on the Fourth of July



Pour mener une guerre, un pays doit savoir la faire aimer. Aujourd'hui, on parle de communication. Hier, il était question d'embrigadement et de conditionnement. C'est exactement le propos de Né un 4 juillet. Cette autobiographie coup-de-poing, violemment pacifiste et antimilitariste, écrite par un  jeune soldat américain blessé au combat au Vietnam, raconte, au-delà du parcours individuel, un certain visage des USA (..)

Kennedy et John Wayne pour modèles


Ron Kovic, descendant d'immigrés croates, né le jour de la fête d'indépendance, a grandi sur la côte Est, à Massapequa. Son quotidien tourne autour des études, du football et du baseball, des sports qu'il pratique dans la rue avec ses copains. Il éprouve un grand respect pour John Fitzgeral Kennedy et garde à l'esprit sa célèbre citation: "ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez vous ce que vous pouvez faire pour votre pays". Et puis il y a les films de John Wayne, l'archétype du héros américain qui aime se sacrifier dans un monde binaire peuplé de bons d'un côté et de l'autre de méchants.

Deux séjours au Vietnam et une blessure qui le rendra paraplégique


Ron Kovic dans les années 70
En septembre 1964, a dix-huit ans, Ron Kovic, s'engage dans les marines. En décembre de l'année suivante, il part pour le Vietnam où il effectue des missions de combat. Il rentre aux États-Unis au début de l'année 1967. Il se porte volontaire et s'envole à nouveau pour le Vietnam dans les mois qui suivent.

En octobre, alors que son unité est prise dans une embuscade, il tue accidentellement un camarade. Puis lors d'une mission, son unité massacre plusieurs enfants d'un village, pris pour des Vietcongs. En janvier 1968, lors d'une attaque, il est touché à la moelle épinière. Il rentre au pays paraplégique.



Il devient militant pacifiste et sera incarcéré à plusieurs reprises


Il décrit alors le quotidien des grands blessés dans des hôpitaux sordides, mal équipés, sans moyens, avec du matériel qui tombe en panne, un personnel en sous-effectif et des vétérans qui souffrent.

Puis son engagement dans les milieux pacifistes, contre la guerre. De discours en meetings où il témoigne de son parcours, il en arrive à manifester contre la guerre, jusqu'à être malmené par la police et incarcéré à plusieurs reprises.

Il n'est pas seul et de nombreux vétérans participent à cette mobilisation. Et notamment lors de l'opération "la dernière patrouille", the Last patrol, c'est-à-dire une caravane de vétérans de la guerre et de militants pacifistes qui s'est rendue à Miami où se tenait la convention nationale républicaine de 1972. Elle fait l'objet de deux chapitres de Né un 4 juillet. Richard Nixon était candidat à sa réélection à la présidence des Etats-Unis. Ron Kovic a réussi à s'introduire dans la salle et à perturber le discours de Nixon, criant "halte aux bombardements, halte à la guerre"  tandis que la salle hurle "four more years", "quatre années de plus" pour couvrir la voix des protestataires. Un épisode resté célèbre que l'on peut voir dans ce reportage de l'époque. Ron Kovic apparaît à partir de 6'25.



Ron Kovic a également manifesté dans les années 90 et 2000 contre les deux guerres du Golf.


Né un 4 juillet et Johnny s'en va-t-en guerre, même combat


Ron Kovic en 2007
Ce livre est une violente charge contre le patriotisme et l'embrigadement des jeunes Américains. Ron Kovic se décrit comme préparé psychologiquement par tout un contexte socio-politique, pour aller combattre. D'ailleurs, sa rencontre avec l'armée se fait au lycée quand deux marines viennent en classe pour inciter les jeunes garçons à s'engager. Toute son action vise à témoigner pour expliquer ce que signifie réellement être en guerre, combattre, être blessé, loin des stéréotypes et des films d'Hollywood et de John Wayne.

Cette charge n'est pas sans rappeler une autre critique virulente de la guerre, une critique américaine elle aussi, celle de Dalton Trumbo qui, dans son Johnny s'en va-t-en guerre, met en scène un soldat américain de la première guerre mondiale si gravement blessé qu'il est paralysé, sourd, aveugle et muet. La critique est la même, et porte contre ceux qui décident la guerre mais qui ne la font pas et qui abandonnent à leur triste sort les vétérans, qu'ils soient blessés ou pas.

Le titre de cette autobiographie renvoie à un vers d'une chanson patriotique du début du XXe siècle: 

Adapté au cinéma par Oliver Stone


Né un 4 juillet a fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 1989 par Oliver Stone avec Tom Cruise dans le rôle de Ron Kovic. Le film a obtenu deux oscars, celui du meilleur réalisateur et celui du meilleur montage. Ron Kovic a travaillé avec Oliver Stone sur le scénario. 



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