vendredi 29 août 2014

Câbles et reportages

Albert Londres

Arléa, 944 pages

2007





Un peu de lyrisme ne fait pas de mal au reportage. C'est le sentiment que donne la lecture du recueil de reportages d'Albert Londres publié aux éditions Arléa sous le titre Câbles & reportages.

En ces temps de grande commémoration du centenaire de la première guerre mondiale, on relit avec intérêt les reportages d'Albert Londres, qui sillonne de nombreux théâtres d'opération de la "guerre de 14". La grande qualité littéraire de ces textes et leur puissance d'évocation leur ouvrent les portes de ce blog consacré à la guerre dans la littérature. (...)

Simples soldats, colonels, généraux...


Entré en 1912 à la rédaction du quotidien Le Matin, réformé et non mobilisable, Albert Londres gagne le front en 1914 comme correspondant de guerre. Il a 29 ans. C'est le début de cinq années de voyages incessants sur tous les front: Marne, Yser, Ypres, bataille des Flandres, Arras, Dunkerque, Reims, Alsace. En 1915, il quitte Le Matin et rejoint Le Petit Journal. On le retrouve parmi le corps expéditionnaire parti à l'assaut des Dardannelles, il parcourt ensuite la Grèce, la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, l'Italie. Revient sur le front occidental et après l'Armistice, entre dans les territoires allemands occupés.

Dans ces reportages saisissants, on croise de simples soldats, des colonels, des généraux, des ambulanciers, des ministres, des préfets, des maires de villages dévastés, des rois, de simples habitants, des prisonniers allemands. Les soldats du Kayser sont appelés Les Boches et présentés comme des barbares.

Premier reportage de guerre le 10 septembre 1914


Son style est simple mais lyrique, emporté parfois, surtout au début de la guerre, plus mature à mesure que s'étire le conflit. Il arrive que le texte porte, au détour d'un paragraphe, la mention "censuré". Il peut être grinçant à l'égard de ses rencontres d'un jour, aussi haut gradées soient-elles?

Voici les premières lignes de son premier reportage, paru dans le journal Le Matin du 10 septembre 1914 sous le titre Visions de guerre.

«La plaine était encore chaude. Derrière une meule, des cadavres d'ennemis marquaient l'extrême limite de l'avance allemande. Abattus dans les poses les plus diverses, ils se mariaient sinistrement à la terre. Nous ne pûmes leur refuser une pitié à cause des parentes qui ignoreront toujours l'endroit où s'acheva leur destin.
Le canon parlait à l'espace. Nous nous dirigeâmes vers sa voix. Il parlait sec et bref comme quelqu'un qui ordonne. En nous approchant de lui, nous tombâmes dans les lignes françaises. C'est là qu'il nous fut permis d'assister à ce que le gouvernement militaire dans son communiqué du 7 septembre, vingt-trois heures, retrace en ces termes: "A Paris, les éléments de la défense avancée ont livré dans le voisinage de l'Ourcq des combats dont l'issue a été favorable".»

Ce recueil contient aussi de nombreux autres reportages à travers le monde, rassemblés et présentés, par Francis Lacassin (journaliste, écrivain et éditeur décédé en 2008).

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